Institut de recherche en santé publique (IRSP)

Résumé

Ce rapport présente l'analyse et les recommandations d'un groupe de travail réuni par le GRIS, au cours de l'été 1999, suite à l'obtention d'une subvention dans le cadre du programme conjoint CRSH-FCRSS : "Subventions pour la conception d'instituts de recherche en santé". Pour réaliser ce mandat le groupe de travail a: 1) étudié l'ensemble de la documentation formelle et informelle concernant l'Institut canadien de recherche en santé; 2) exploré les sites WEB des principaux organismes de financement de la recherche en santé des États-Unis et de la France; et 3) analysé les réponses à un questionnaire distribué à une trentaine d'informateurs clés sélectionnés parmi la communauté des chercheurs canadiens dans le domaine de la santé publique.

Notre analyse du cadre conceptuel de la recherche en santé présenté par Halliwel et Lomas (1999), suggère que la perméabilité des frontières entre recherche appliquée et recherche fondamentale en santé publique a été un facteur de succès dans ce domaine. Le concept de santé publique est proposé pour l'intégration de l'ensemble des travaux de recherche portant sur les services de santé et sur les déterminants de la santé autres que biologiques, de même que la partie des recherches fondamentales biomédicales portant sur les effets sur la santé des substances toxiques de l'environnement et une partie des recherches cliniques portant sur les interventions médicales. Conséquemment, le coeur de notre proposition est la création d'un institut unique couvrant l'ensemble des travaux pertinents pour la santé publique et que cet organisme prenne le nom d'Institut de recherche en santé publique. Cette proposition repose sur les raisons suivantes:

  • La recherche en santé publique permet l'intégration harmonieuse des quatre quadrants définis dans le modèle de Halliwel et Lomas (1999);
  • Il existe présentement au Canada une masse critique importante de chercheurs de plusieurs disciplines des sciences sociales et des sciences biologiques dont les travaux sont pertinents pour la santé publique;
  • Le domaine de la santé publique possède une longue tradition de recherches interdisciplinaires et son champ d'action est reconnu par les décideurs, les professionnels et le public par la désignation sous le terme de santé publique de plusieurs programmes de formation, d'associations professionnelles et de recherche à travers le monde;
  • Les divers secteurs de recherche en santé publique utilisent un ensemble de méthodes communes provenant de disciplines de base, ce qui confère à la santé publique la cohérence nécessaire pour faire d'un institut de recherche en santé publique un guichet unique.

Il est proposé que la mission de l'Institut de recherche en santé publique soit de contribuer à l'amélioration de la santé de l'ensemble des Canadiens et des Canadiennes par la production et la diffusion de connaissances pertinentes pour prolonger la vie, en améliorer la qualité et réduire les inégalités de santé entre les Canadiens et les Canadiennes.

Pour réaliser sa mission, il n'est pas nécessaire que l'IRSP regroupe les chercheurs dans un même endroit ou dans un même bâtiment. Les avantages d'un institut virtuel de réseaux sont plus grands que ceux liés à des investissements dans une infrastructure lourde. Cet institut, comme les autres constituantes de l'ICRS devra pouvoir décider de ses orientations stratégiques et établir ses propres priorités de programmation, dans le cadre d'une planification approuvée centralement. Il n'est cependant pas nécessaire de décentraliser les budgets d'opération et seuls les montants correspondant au fonctionnement des instituts pourront leur être transférés. Il est aussi suggéré que pour le développement du secteur de la santé publique, une priorité importante soit mise dans le soutien de la carrière des chercheurs. Il est possible d'envisager qu'à terme, le salaire de plus de 200 chercheurs soit financé par l'IRSP. Le groupe ne juge pas nécessaire cependant que les chercheurs s'inscrivent dans un institut unique. La programmation devrait aussi prévoir un place prépondérante au soutien à la recherche initiée par les chercheurs. Pour toutes les questions touchant la programmation, il est fortement suggéré que l'IRSP fasse des efforts particuliers pour agir en complémentarité avec les programmes des provinces. Il est proposé que le principe de la révision par les pairs gouverne l'octroi des fonds de recherche et que l'IRSP décide de la composition des comités pour ses propres programmes, bien que la gestion de ces opérations puissent aussi s'effectuer centralement. Il est aussi proposé que l'IRSP établisse des liens de collaboration avec les autres instituts pour développer des programmes particuliers, mais il est essentiel que la majorité de la recherche canadienne dans le domaine de la santé publique se fasse dans le cadre de la programmation de l'IRSP. Enfin, comme les autres instituts, l'IRSP devra établir et maintenir des liens étroits avec les milieux de pratique et les milieux universitaires. Malgré que certaines de ces propositions fassent encore l'objet de débats parmi les collègues, le concept d'un guichet unique pour le domaine de la santé publique, la priorité à donner au soutien des carrières de chercheur et la primauté du principe de révision par les pairs font largement consensus.

Finalement, le groupe de travail propose trois éléments d'une stratégie d'implantation. Il faut premièrement identifier les chercheurs de toutes les disciplines qui oeuvrent dans le domaine de la santé publique, pour construire à partir de cette base. Il faut ensuite établir les liens nécessaires avec les universités qui ont encore un rôle prépondérant dans la recherche en santé. Il faut aussi établir des liens de concertations avec les organismes provinciaux de subvention de la recherche en santé afin d'accentuer la complémentarité des programmes. Il est suggéré finalement d'établir très rapidement les mécanismes d'évaluation et de reddition des comptes pour les instituts, ceci afin de raccourcir la période de transition et d'incertitude associée à une transformation radicale des structures.

En conclusion, nous sommes confiants que la création de l'Institut de recherche en santé publique favorisera l'innovation en recherche, la transformation des pratiques et l'intégration des approches et disciplines nécessaire à l'amélioration de la santé de tous les Canadiens et toutes les Canadiennes.